Quand peut-on parler de #notallmen quand on est un homme ?

féminisme
sexisme

#1

Bonjour,

Je suis un homme. Je fais de mon mieux pour être un allié à la cause féministe.

Je suis plusieurs féministes sur Twitter. Je vois régulièrement passer des tweets de femmes qui se sont faites agressées par des hommes, pendant la coupe du monde par exemple. Je condamne évidemment ces actes.

Régulièrement ces tweets, ou les articles qui les relayaient, font des généralités sur les hommes. Autant, je comprends tout à fait que la personne qui s’est faite agressée récemment n’utilise pas les bons mots car le tweet est impulsif. Autant, ça m’ennuie quand ces tweets sont relayés sans que ces généralités soient contestées/corrigées/remises dans leur contexte.
L’agression est évidement plus grave que le fait de discuter de la généralité sur les hommes. Je comprends donc tout à fait qu’il soit déplacé de parler de ces généralités au moment du tweet.

Cependant, c’est un sujet qui semble difficile d’aborder même à froid. Voici un exemple de recommandation que je peux lire :

Même si le sujet est moins important, cela me dérange qu’il soit difficile à aborder. De plus, je ne suis pas sûr que beaucoup de gens s’occupent toujours du problème le plus grave.

Cela me dérange car, pour moi, ça ressemble à dénoncer une agression (homme => femme) en faisant une agression dans l’autre sens (femme => homme).
Encore un fois, je condamne totalement l’acte. Mais quel que soit l’acte, il ne justifie pas la généralité qui est faite.

Bref. Pourquoi le sujet des #notallmen est-il si compliqué à aborder quand on est un homme ? Quand et comment puis-je parler de ce sujet sans déranger ?
Est-ce que ce message peut déranger ?

Merci d’avance pour vos avis :slight_smile:


#2

C’est aussi une histoire d’éviter de diluer le débat, de faire des hors-sujets, et d’ajouter de la charge mentale aux personnes qui sont en train d’exposer leurs points.
Je sens que je vais reprendre les points #9 et #12 de @cbouclesdor en moins bien, mais j’imagine que tu as lu son thread en 20 points, donc si tu n’as pas compris celui-ci alors allons-y pour des exemples absurdes :slight_smile:

Hors sujet
Quand c’est la Journée Nationale du Cancer, est-ce que tu te sens obligé de rappeler en public que la Mucoviscidose et Alzheimer sont aussi de terribles maladies ? Tu dirais la vérité, mais tu n’aiderais personnes et ça n’aurait aucun rapport.

Charge mentale
Quand Camille Untel dévalise une banque, est-ce que tu te crois obligé de dire #NotAllCamilles ? Que dirais-tu si, après chaque événement négatif impliquant un Camille, on vienne te demander ton avis, ou exiger que tu te désolidarises ?

Diluer le débat
Quand quelqu’un raconte une histoire de couple avec ses ami-e-s au bar, il partage un contexte et il souhaite mener la discussion quelque part. Mais peut-être qu’ils et elles parlent fort pour se faire entendre. Soudainement, une autre personne intervient pour raconter son expérience de séparation, de dispute autour de la vaisselle, ou sa dernière balade en amoureux.
C’est super, mais en fait ce n’est pas le sujet :slight_smile:


#3

Cette partie était assez claire je pense. Je saisis bien l’intérêt de ne pas diluer le débat et de ne pas faire de hors sujet.

Je voulais parler spécifiquement de tweets/d’articles qui font explicitement une généralité sur les hommes. J’attends bien que le sujet principal est bien plus important et qu’il est nécessaire qu’ils soient diffusés. Je précise que j’ai relayé plusieurs fois ce genre de tweets alors qu’ils contenaient des généralités.
Cependant c’est dommage qu’ils soient parfois associés à une généralité inutile sur les hommes. Je me sens injustement jugé.
Je passe à coté d’un truc ?
Y a-t-il un bon moment et une bonne manière de parler de ça ? ou n’est-ce jamais le bon moment ?


#4

Pourquoi est-ce que tu te sens injustement jugé ?

Les articles font des généralités sur les hommes car les statistiques sont affligeantes. Mais, comme pour toutes les généralités, ce ne sont pas des attaques personnelles et ce n’est pas à prendre pour soi.

Oui, les hommes agressent les femmes. Massivement. De très nombreuses et créatives manières. C’est un fait.
Oui, l’immense majorité des hommes a ou a eu un jour, un comportement sexiste, en connaissance de cause ou en toute ignorance. C’est un fait également.

Tout le problème est véhiculé par le fait que l’homme est la figure dominante dans les rapports de genre et que, par conséquent et par définition, tous les hommes, du fait de leur position, sont des oppresseurs par défaut. Tout ceci est issu de grandes théories sociologiques sur les rapports entre dominants et dominés.

Reste à revenir à la question initiale : pourquoi se sentir jugé lorsque l’on lit un article qui décrit des personnes qui ne correspondent objectivement pas à ce que nous sommes aujourd’hui ?


#5

Merci @Duael pour ta réponse.
J’attends que je suis certainement oppresseurs sans le vouloir malgré le travail que je peux faire sur moi (probablement à cause de la culture/éducation dans laquelle j’ai grandi).

En fait, j’ai aucun problème avec les articles qui dénoncent ces faits d’agression/oppression. Au contraire, je trouve qu’ils sont importants et je les relaie régulièrement sur Twitter et autre. Dans ces cas-là, je ne me sens pas du tout jugé.

J’ai dû mal m’exprimer, mais je voulais parler uniquement des cas où une généralité est faite.
Par exemple, dans les tweets relayés Kateya (qui a fait un super boulot en rendant ces agressions visibles) lors de la finale de la coupe du monde, régulièrement des généralités étaient faites sur les hommes :

Histoire qu’il n’y ait pas de malentendu car le sujet est délicat, je réinsiste sur le fait que je condamne évidement ces actes, que je soutiens toutes ces femmes qui se sont faites agressées, que je ne reproche pas à ces femmes d’avoir tweeté ça (car il s’agissait de réactions à chaud) pas que j’ai RT le tweet de Kateya…

Quand je lis “Les hommes, vous êtes des gros chiens, je vous déteste !”, étant un homme, je considère que le message s’adresse à moi aussi et je trouve le message injuste.
Encore une fois, je ne reproche rien à l’auteure qui a écrit ça surement sous la colère et à chaud. Je trouve important que les gens soient informé·e·s de ces faits.
Je trouve juste dommage qu’ils soient régulièrement accompagnés d’une généralité et surtout qu’ils soient relayés tels quels. Elles ne sont pas utiles et desservent probablement le message.

Dois-je accepter ces généralités car elles sont minimes à coté de l’agression qui a provoquée ces messages ? Y a-t-il des moyens de relayer ces infos sans relayer ces généralités ?

PS : Ce sujet est évidement complexe et délicat, merci de faire signe si mon message est involontairement offensant. Ce n’est évidemment pas le but.


#6

Je pense qu’il faut accepter ces généralités, comme tu dis, et ne pas hésiter à les relayer telles qu’elles. Elles font partie du message et, n’étant pas concernés, nous n’avons pas notre mot à dire sur le fait que cela le serve ou le desserve. Les femmes (et toutes les personnes d’autres groupes opprimés) n’ont pas besoin de nous pour décider de la meilleure façon de mener leur lutte.


#7

merci @sylvain.abelard et @duael d’avoir pris le temps de me répondre. J’y vois plus clair maintenant :slight_smile:


#8

Salut tout le monde, je me permets de m’incruster dans ce fil, qui m’a l’air bien masculin pour le moment, pour donner mon point de vue de femme féministe qui utilise assez souvent le “les hommes”.

Tout d’abord, je suis très d’accord avec ce que @Duael a dit.

[Je me permets de répondre à ce sujet via mon expérience de personne non concernée par d’autres sujets (par exemple racisme et handicap -dans une certaine mesure). Je suis des personnes militantes sur ces sujets sur twitter. Elles twittent souvent contre “les blancs” ou “les valides”. J’ai rapproché mes sentiments à ces propos de ton ressenti sur le “notallmen”]

[Un conte gourmand]
Une histoire qu’on raconte parfois dans les milieux féministes pour expliquer le #NotAllMen:
Chez toi, tu as un gros bocal de bonbons. Si tu es une femme, depuis ta naissance, on te dit d’un côté que tu es censée aimer les bonbons. On te raconte que les bonbons, ils sont bons pour toi, mais aussi, qu’il faut savoir les manger. On te dit que si tu en manges le soir, ils risquent d’être mauvais. Si tu en manges plusieurs, tu vas passer pour une goinfre.
Un jour, t’as envie de tester les fameux bonbons. T’en prends un, il est sympa, petit gout acidulé discret. Celui d’après, il est HORRIBLE. Il te fait vomir et te rend méga malade. Celui d’après te fait tellement de mal que tu sais que tu t’en rappelleras toute ta vie. Et ainsi de suite avec les suivants. Un plutôt cool, 15 dangereux ensuite. Le problème, c’est que tu peux pas savoir à l’avance quel bonbon va être bon. T’as essayé de manger que les bleus, y’en a plein des plus ou moins mauvais, ceux qui sont dans un papier doré, pareil, ceux qui ont l’air rare, pareil. Même ceux avec un emballage “vive les mangeuses de bonbons”. A force de t’enchainer des dizaines de bonbons de moyennement bon à très très très horrible (ceux qui te font te dire que tu risques pour ta vie), tu comprends bien que le ratio est pas en ta faveur.
Vous m’avez vue venir avec mes gros sabot: on ne sait jamais sur quel mec on va tomber. Et comme les chiffres parlent d’eux même:

94 %: C’est le pourcentage des femmes qui ont déjà été victimes de violences sexistes dans les transports, d’après Osez le féminisme . 92 % des femmes en ont par ailleurs été témoins. Conséquence : les femmes évaluent leur sentiment de sécurité à 5,9 sur 10…et 3 femmes sur 4 adaptent leur tenue ou comportement en fonction du métro. Par ailleurs, 85 % des Parisiennes sont persuadées que leur éventuelle agression se ferait dans l’indifférence générale, contre 65 % des femmes en moyenne.

80% des femmes salariées sont régulièrement confrontées à des attitudes ou comportements sexistes (contre 56% des hommes). Par ailleurs, 1 femme sur 5 a été victime d’harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle. 5% seulement des cas ont été portés devant la justice.

1 tous les 3 jours: C’est le nombre de femmes qui meurt en France sous les coups de son conjoint. Près de 216 000 femmes, âgées de 18 à 75 ans, sont victimes de violence physique, psychologique et/ou sexuelle par leur ancien et/ou actuel conjoint et seulement 27% de ces victimes se rendent chez le médecin après un épisode de violences.

Maintenant voici quelques pistes, que j’essaie de me remémorer quand je me sens victime alors que c’est clairement pas moi le centre de l’oppression:

1/ S’oublier
Oublier son égo et le tout ce qui fait de nous un individu à part entière.
En recentrant le discours de fond concernant les privilèges, les oppressions et toutes ces joyeusetés sur le “oui mais pas moi”, cela fait perdre de vue le discours des victimes. Encore et encore et encore, la parole est confisquée aux oppriméEs pour que le privilégié se sente ok avec son ego.

2/ "Oui mais"
Ici, je parlerai plus d’un biais cognitif (dont je ne connais pas le nom). On a toujours tendance à se laisser plus de liberté et à s’excuser plus de chose qu’au reste du monde. On a beau faire des choses qui nous déplaisent ou qui peuvent être carrément craignos, on a toujours une bonne raison pour (alors que les autres, c’est juste qu’ils ont failli …). J’ai du mal à donner des exemples concrets ici, mais je vais utiliser le seul qui me vient en tête: je parlais à un ami du fait que, la nuit, si t’es un mec et que tu marches derrière une fille seule, le plus sympa pour elle est de changer de trottoir (toi ça t’enlèves rien et elle est rassurée). Lui essayait de m’expliquer qu’il voit pas l’intérêt parce que lui est sympa, qu’il serait là pour intervenir si elle se fait embêter etc… Sauf que.
Sauf que une fille (oui, je généralise), va pas être sereine si elle se fait suivre la nuit par un mec (oui, je généralise). Au final, que ça soit toi, un connard, un prédateur, un mec féministe ou autre, c’est pareil. La peur est là. C’est ce que tu représentes via ton apparence, ton vécu, tes privilèges, qui font que tu es un #AllMen.

3/ Le sens des priorités
C’est chouette que tu relaies ces messages sur twitter. Essaies peut etre de mettre en regard la violence que tu ressens quand tu te sens faire partie du groupe des oppresseurs et ce qu’on peut ressentir, en faisant partie du groupe d’en face. La différence, c’est l’argent, la peur, les féminicides, les viols, la misogynie intériorisée des autres femmes… De mon point de vue, c’est incomparable.

En gros: Si tu te sens ciblé, c’est peut être qu’il reste des sujets sur lesquels tu ne te sens pas safe.
Cependant, si c’est trop violent pour toi de faire partie de cette catégorie que tu rejettes, prends du recul pendant un temps et préserve toi de ces discours, et reviens nous plus fort et prêt à endurer tout ça :hugs: .

PS1: Désolée pour le potentiel manque de bienveillance de mon message, je n’ai pas l’énergie ces temps-ci pour faire des discours aussi construits que je le voudrais… #ValideMaisPasToutAFait
Je suis prête à l’éditer si besoin.

PS2: Pour des sentiments proches, concernant le “notallwhite”, suivez le compte de Napilicaio sur twitter. C’est une femme noire qui coache des personnes racisées pour arriver à survivre dans le monde de l’entreprise. Tous les jeudi, elle raconte l’histoire d’une coachée. Par exemple cette histoire-là.


Proposé par Camille Roux